La playlist infinie de Nick et Norah
EAN13
9782012017092
ISBN
978-2-01-201709-2
Éditeur
Hachette Romans
Date de publication
Collection
Hors-séries
Nombre de pages
224
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
270 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
804
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La playlist infinie de Nick et Norah

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Traduit par ,

Illustrations par

Hachette Romans

Hors-séries

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couverture

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Couverture?: ? Getty Images

L??dition originale de cet ouvrage a paru en langue anglaise (Etats-Unis),
sous le titre?:
Nick and Norah?s infinite playlist
Published in the United States of America by Alfred A. Knopf,
an imprint of Random House Children?s Books, a division of Random House Inc., New York.
? Rachel Cohn et David Levithan, 2006.

Traduit de l?anglais (?tats-Unis) par Alice Delarbre et Luc Rigoureau

? Hachette Livre, 2009, pour la traduction fran?aise.

ISBN?: 978-2-01-203438-9

Loi n?49-956 du 16 juillet 1949
sur les publications destin?es ? la jeunesse

? Martha et au vrai Nick

NICK

La journ?e d?bute au milieu de la nuit. Je ne fais attention ? rien, sauf ? la basse dans mes mains et au boucan dans mes oreilles. Dev braille, Thom se d?m?ne comme un malade, et je suis le m?tronhomme. Celui qui s?empare de ce truc appel? musique et qui l?aligne sur ce truc appel? temps. Je suis le tic-tac. Je suis le pouls. Je suis, en filigrane, la moindre seconde de ce moment. Nous n?avons pas de batteur. Dev a arrach? sa chemise, Thom part en live, et je les soutiens. Je suis le g?n?rateur. J??coute sans ?couter, parce que ce que je joue n?est pas une chose ? laquelle je pense, juste une chose que je ressens dans la moindre parcelle de mon corps. Tous les yeux sont vrill?s sur nous. Enfin, j?imagine que tous les yeux sont vrill?s sur nous, car les projecteurs de la sc?ne m?aveuglent. La salle est petite, nous produisons un vacarme d?enfer. Je suis le bassiste h?t?ro d?un groupe gay et je remplis les lieux d?un arri?re-fond sonore, cependant que Dev chante-gueule?: Me faire le mec/Me faire le mec/J?ai trop envie de/Me faire le mec. Je ponctue et je perfore et je perce l?air de ma carcasse, tandis que mes doigts pincent les cordes de toute leur force. Je suinte la sueur et la malveillance et le d?sir. C?est une lib?ration ou, peut-?tre, une demande de lib?ration. ? pr?sent, Dev vagit, Thom p?te un c?ble, et je plane, bien que mes pieds ne remuent pas. Au-del? des projos, je distingue des gens qui s?agitent et qui sautent et qui contemplent Dev, lequel avale le micro en continuant de beugler. Je leur balance les riffs ? la figure, je les noie sous des vagues de son. Je colore le temps d?un tel tintouin qu?ils sont oblig?s de l?entendre. Je suis plus puissant que les paroles, plus grand que la bo?te dans laquelle je suis enferm? quand? soudain? je l?aper?ois dans la foule? et je me d?lite.

Je lui avais pourtant dit de ne pas venir, merde?! Alors qu?elle s?acharnait ? me tailler en pi?ces, c?est la seule chose que je l?avais suppli?e d??pargner. ??S?il te pla?t, ne viens pas aux concerts. Je ne veux pas t?y voir.?? Elle avait dit oui. Sur le coup, ce n??tait pas un mensonge. Plus tard, il a bien fallu que ?a en devienne un, puisqu?elle est l?. Mes doigts d?rapent?; mon rythme perd de son acuit?; le cri en moi se transforme en pleur ? tout ?a durant le bref laps de temps qu?il me faut pour discerner la forme de ses l?vres. Puis je constate ? ah, bordel?! ? qu?elle n?est pas seule. Un mec l?accompagne, et elle aura beau affirmer qu?elle est venue me voir, je ne doute pas qu?elle est venue pour que je la voie. ??C?est termin?, avait-elle d?cr?t? ? n??tait-ce pas le plus gros de tous les mensonges?? Je tr?buche sur les notes, Dev est pass? ? la phrase suivante, Thom joue un peu plus vite qu?il ne le devrait, je suis oblig? de les rattraper, et elle, elle s?appuie contre ce type et secoue la t?te comme si je ne jouais que pour elle, alors que, si c??tait possible, je lui reprendrais la musique pour ne lui donner que du silence? autant de silence qu?elle m?a inflig? de chagrin.

J?essaye de rester ? l?unisson de Dev et de Thom. Ce soir, nous sommes Les Va Te Faire Foutre?; ce n?est qu?un nouveau nom, toutefois, et qui ne durera probablement que le temps de trois repr?sentations avant que Dev n?en invente un autre. Nous avons d?j? ?t? Les Porno d?Hier, Les Mouchoirs Noirs, Les Coiffeurs Vengeurs et T?occupe. Je n?exprime jamais vraiment mon avis ? ce sujet, sauf le jour o? j?ai oppos? mon veto ? l?id?e la plus d?bile de Dev (??Personne n?aura envie d?aller ?couter un groupe appel? Bite en Feu, mon pote??, ai-je ?t? oblig? de lui dire.) Dev est bien parti pour percer les perc?s, pour tatouer les tatou?s et pour s?envoyer en l?air avec les punks crasseux qui viennent assister ? nos concerts sans se douter qu?ils finiront par avoir envie de fricoter avec le gonze qui les interpelle en beuglant?: Il est gros comment ton braque??

Dev vient d?une ville du New Jersey appel?e Lodi, ce qui me semble parfaitement logique, dans la mesure o? il est l?inverse d?une idole. Thom est de South Orange, et le ??h?? de son pr?nom ne date que de deux mois. J?habite ? Hoboken, autrement dit aussi pr?s de Manhattan qu?on peut y vivre sans y vivre. Les soirs comme celui-ci, o? se pr?sente une chance de jouer devant d?autres gens que nos copains, je serais pr?t ? traverser l?Hudson ? la nage s?il le fallait, rien que pour arriver ? cette bo?te qui a tout d?une grotte.

Du moins, jusqu?? ce que Tris apparaisse, et que je me mette ? saigner sur sc?ne sans que personne ne s?en rende compte.

Prendre le pouvoir/Me faire le mec/Prendre le pouvoir/Et me faire le mec. Dev embarque la chanson vers des sommets qu?elle n?a encore jamais atteints?: une quatri?me minute. Je ralentis, guettant la chute. Thom semble sur le point de se lancer dans un solo, ce qui n?est jamais bon signe. Je me d?place, je me d?tourne de Tris, je t?che d?ignorer sa pr?sence. Ha?! C?est la blague la plus merdique du monde. Je m?efforce d?attirer l?attention de Dev, mais il est trop occup? ? essuyer la sueur d?goulinant sur son torse pour s?en apercevoir. Enfin, il s?arrache une bouff?e d??nergie assez puissante pour arr?ter les frais. Il brandit les bras en ululant, et je nous mets au tapis dans une ultime embard?e. La foule nous envoie une vague de son propre vacarme. Je tente d?entendre sa voix, de distinguer ce cri unique au milieu des braillements et des applaudissements, mais elle m??chappe tout autant que le soir o? j?ai pleur?, et o? elle ne s?est pas retourn?e.

Il y a trois semaines, deux jours et vingt-trois heures.

Or, la voil? d?j? avec un autre.

Le groupe suivant piaffe au bord de la sc?ne. D?un geste, le taulier nous indique que nous avons ?puis? le temps imparti. Je ne plane pas assez pour ne pas appr?cier les rappels ou le bruit t?nu de la d?ception quand les lumi?res se rallument pour ramener le public vers le bar. Ce soir, c?est moi qui suis de corv?e. Par cons?quent, pendant que Dev saute dans la salle afin d?y d?nicher son admirateur le plus consentant, et que Thom se retire en rougissant vers son copain (compr?hensif sans ?tre emo), je suis contraint de redescendre abruptement sur terre afin de remballer le matos. Je me d?branche et je d?branche, je me coupe et je coupe le son. Un des prochains musicos est assez sympa pour m?aider ? r?cup?rer les caisses au fond de la sc?ne, mais c?est moi qui range les instruments, qui les couche gentiment pour la nuit. Ensuite, je propose aux coll?gues de leur donner un coup de main, ce qu?ils acceptent. J?en suis heureux. Ainsi, je consacre mon ?nergie ? les relier ? la bo?te ? rythme au lieu de la d?penser ? r?sister ? Tris.

Mes yeux sont encore habitu?s ? la chercher dans la foule. Mon souffle est encore habitu? ? s?acc?l?rer quand un ?clairage parfait l?illumine. Mon corps est encore habitu? au sien quand il s?approche de moi. Voil? pourquoi la distance ? autrement dit, tout ce qui n?est pas contact imm?diat ?, je la vis comme un rejet constant. Nous sommes rest?s ensemble six mois. Durant chacun de ces six mois, elle a su trouver de nouvelles fa?ons d?entretenir mon d?sir. ??C?est termin? ne saurait tuer ?a. Toutes les chansons que j?ai ?crites lui ?taient destin?es. L?, tout de suite, je ne peux les emp?cher de retentir, bande-son caduque. ??J?en ai assez??, a-t-elle dit, et je lui ai r?pondu que moi aussi, que j?avais envie de nous consacrer plus de temps. C?est alors qu?elle a dit?: ??Non, j?en ai assez de toi??, et que j?ai gliss? dans cette r?alit? irr?elle o? c??tait termin? mais o? je n?en avais pas termin?; o? ...
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